Interviews

Rencontre avec Les Tambours du Bronx : bidons, metal et Sepultura

Nous avons échangé avec Thierry, Dom et Franky Costanza des Tambours du Bronx. Le collectif de frappeurs de bidons joue depuis plus de 30 ans à travers le monde et a partagé la scène avec les plus grands. Depuis 2018, les Tambours du Bronx proposent un second show résolument metal, le WEAPONS OF MASS PERCUSSION.

Comment allez-vous ? Avec le confinement, vous parveniez à travailler ?

Thierry : Oui bien, comme tout le monde on s’est adapté. Comme on est nombreux on ne peut pas répéter, certains travaillent de chez eux.

Dom : Ça va, j’ai la chance de vivre à la campagne avec ma famille, mes instruments et du terrain donc je ne suis pas trop à plaindre. Pour ma part, du coup, j’arrive à travailler. Le tout c’est de trouver la motivation et savoir quoi faire. On ne peut plus vraiment travailler dans la même optique que d’habitude… Donc composition, mais aussi chercher à créer des contenus différents pour la suite…

Franky : Tout va bien ! Merci ! Oui nous continuons à travailler à distance, nous avançons chacun de notre côté (dans nos studios respectifs) sur les compositions du prochain album et nous mettons tout en commun ensuite pour créer les maquettes des nouveaux titres.
Personnellement, j’avais déjà enregistré énormément de prises de batterie avant le confinement et là j’ai tout le temps nécessaire pour affiner les mixages, les structures, choisir tel ou tel break… c’est efficace et ça occupe bien le temps.

Crédit Photo Avy Darkshadow

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, les tambours du Bronx, c’est quoi ?

Dom : A la base, Les Tambours du Bronx c’est une bande de mecs qui fracassent des bidons de 220L en ferraille et en rythme. Depuis plus de 32 ans maintenant. Il y a eu une évolution technique, artistique et mélodique tout au long de ces années, mais la base reste toujours la même.

Thierry : Pour ceux qui ne nous connaissent pas c’est une équipe de gars qui tapent sur des bidons, en arc de cercle pour faire du bruit. Ça fait 30 ans que cela existe, maintenant on se produit sur scène avec 2 spectacle, un classique et un métal. Sinon le site des Tambours retrace bien tout l’historique !

Crédit Photo Fred Shootadonf

Vous avez récemment lancé Bronx TV, vous pouvez nous en dire un mot ? D’ailleurs, on a pu y voir que vous êtes beaucoup à faire actuellement du bricolage, est-ce dû à un besoin compulsif de taper sur des trucs ?

Franky : Bronx TV nous permet de garder le contact avec nos fans en leur donnant des nouvelles de façon directe et amusante ; nous parlons de sujets variés concernant le groupe et ses activités ; ça change un peu des interviews classiques.

Thierry : C’est un moyen de garder le contact avec le public. Relativement bien suivi par les gens ! Effectivement, le bricolage a été un moyen de s’occuper, un besoin compulsif de taper sur des trucs, peut-être…. effectivement, c’est possible !

Dom : Haha, oui pour le besoin compulsif de taper sur des trucs. C’est un exutoire, ça fait du bien (là où ça fait mal) et ça nous manque. On en profite pour bricoler chez nous, ce qu’on a pas le temps de faire en temps normal. Bronx TV, on a fait ça justement pour créer du contenu neuf. Rester en contact avec nos fans, leur dire que nous sommes toujours là malgré tout et qu’on pense à eux. Notre principal moyen de communication a toujours été le live, nous n’avons jamais été très forts sur le reste. La période est donc propice à l’évolution, l’adaptation.

Les Tambours du Bronx – Extreme

Sur scène, vous dégagez une puissance absolument énorme. Est-ce que vous parvenez à tous vous entendre lors des concerts ?

Thierry : C’est le but des Tambours, c’est quelque chose qui se voit. En live, cette énergie est encore plus puissante. Pas du tout chacun joue de son côté… Je déconne ! On fait en sorte, par les moyens techniques (merci à nos techniciens !) de jouer ensemble et de s’entendre, c’est beaucoup mieux pour nous et pour le public.

Dom : Justement non et c’est exactement pour ça qu’on joue en arc de cercle ! Quand tu joues sur ton bidon, tu n’entends que toi et éventuellement tes camarades juste à proximité. Mais avec notre disposition tu peux voir les extrémités. C’est aussi pour ça que la technique est importante pour nous, avoir des retours de scène qui nous permettent d’entendre le chant ou la batterie par exemple. Sur le show WOMP, tous ceux qui ne sont pas aux bidons sont en ear monitor… Bref, c’est un gros chantier.

Franky : Personnellement, j’utilise des “inear monitors” qui me permettent d’avoir des retours bien précis tout en me protégeant, ce qui est un sacré confort !
Mais effectivement, pour en avoir discuté pendant les balances ou après les concerts, ce n’est pas le cas de tous les musiciens ; c’est vrai qu’il y a beaucoup d’infos et un gros volume sonore ; il faut donc faire des compromis pour privilégier la clarté sur scène pour tout le monde.
Ce n’est jamais gagné d’avance et il arrive qu’à la fin du concert, on se dise : je n’entendais pas ta grosse caisse, la voix était trop loin, j’avais pas bien les guitares… enfin c’est comme ça, il faut faire avec car nous sommes très nombreux sur scène.

Crédit Photo Avy Darkshadow

Vous avez actuellement deux shows, un classique et un show metal, le Weapons of Mass Percussion. La légende raconte que votre virage vers le metal s’est effectué lors du Festival Lez’arts Scèniques de Sélestat au cours d’une rencontre avec Sepultura, vous pouvez nous en parler ?

Dom : Exact, c’était en 2007. Nous étions le seul groupe sans guitares au milieu de Sepultura, The Exploited, Immolation, The Meteors, Treponem Pal… Nous nous sommes juste croisés, échangé des regards, des sourires, mais nous avons assisté avec plaisir à tous les concerts et Andreas [Kisser, guitariste de Sepultura] était resté observer le nôtre sur le côté, pendant tout le show. Par la suite, ils en avaient parlé sur les réseaux sociaux, nous avions été très touchés de les avoir marqués. Et le dialogue s’est installé entre les deux groupes. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois et quand, en 2011, le Festival Rock In Rio a proposé à Sepultura la tête d’affiche de la Sunset Stage accompagnés du groupe de leur choix (c’est le principe de cette scène, un groupe Brésilien ultra connu en duo avec un artiste international), ils nous ont appelé ! (Nous avions participé à leur album KAIROS avec le morceau Structure Violence).

Thierry : Deux shows, un classique et un métal. Pour le 2ème, il est né de la collaboration avec Sépultura. Le show devait tourner un peu partout, le plateau était important, mais pour des raisons de production cela ne s’est pas fait. On était frustrés de ne pas pouvoir continuer à le faire. On s’est dit, on peut peut-être le faire nous-même. Surtout qu’il y a des guitaristes dans le groupe et un bassiste, donc on a contacté des musiciens du metal français. On s’est lancé et on l’a fait nous même !

Les Tambours du Bronx et Sepultura – Roots Bloody Roots (2013)

Le metal ça a toujours été pour vous une source d’inspiration ? Qu’écoutiez-vous en étant plus jeunes ?

Thierry : Pas pour tous. Dans les nouveaux, c’est le cas. Pour ma part et au tout début, nos goûts musicaux étaient tournés plus vers le rock. Dans les années 90, il y avait une période rock alternatif assez riche, à Nevers y compris. La plupart des Tambours venaient de ce milieu. Plus rock que metal !

Franky : Oui, perso, j’écoute à 95% uniquement du Metal (tous styles confondus : du heavy au black), hard rock, punk hard-core ou rock, les autres 5% sont musique classique ou BO de film.
A l’âge de 9 ans, j’ai commencé à adorer la musique avec des groupes de hard rock (ou rock) légendaires comme Guns’N Roses, Motley Crue, Queen, AC/DC, Scorpions, Aerosmith, Kiss… d’ailleurs, ce style de Hard Rock restera toujours un de mes styles préférés. Le METAL est venu progressivement ensuite avec Metallica, Pantera, Kreator, Sepultura et de plus en plus extrême avec Morbid Angel, Death, Dimmu Borgir… etc.

Dom : C’est mon cas ainsi que celui d’autres musiciens, mais il faut bien réaliser que nous sommes une quinzaine de musiciens avec des âges allant de 25 à 65 ans (je schématise à peine). Donc des horizons musicaux différents. Certains sont plus dans le rock sixties, d’autres sont plus hardcore/punk, hip hop. Mais cette attitude, cette façon de jouer et de mener nos lives sont proches du metal.

Les Tambours du Bronx – Jour de Colère (2018)

Avec le Weapons of Mass Percussion, des références du metal français vous ont rejoint (Franky Constanza qui venait de quitter Dagoba, Stéphane de Loudblast, Reuno de Lofofora. Comment s’est monté le projet ?

Franky : J’avais commandé simplement un DVD des Tambours du Bronx et quand je l’ai reçu il y avait dans l’enveloppe une petite carte humoristique qui disait ” Si tu t’emmerdes avec Dagoba, on t’engage ! ” et tout a démarré de là, nous nous sommes contactés d’abord par emails, ensuite les Tambours jouaient à Marseille et nous nous sommes rencontrés ce soir là, ils m’ont demandé si ça m’intéressait de tester de revisiter un des titres de leur album CORROS, ce que j’ai fait avec grand plaisir sur le titre Human Smile et après tout s’est enchaîné naturellement, je suis allé quelques jours chez eux à Nevers pour répéter pour de bon en groupe et quelques semaines plus tard nous nous lancions dans le 1er album WOMP, le line-up s’est concrétisé rapidement avec Reuno qui a tout de suite accepté d’intégrer l’aventure en nous conseillant Mr. Buriez quand il serait occupé avec Lofofora et Stéphane a rejoint les Tambours comme ça. C’était génial pour nous d’avoir des chanteurs comme Reuno et Steph !
Les concerts ont très vite démarré ensuite et pendant la tournée, le talentueux Renato Di Folco a aussi rejoint le groupe pour assurer le chant quand Reuno ou Steph ne pouvaient pas. Nous avons la chance d’avoir 3 supers chanteurs avec nous pour défoncer en toutes circonstances !

Dom : Tout simplement (ou presque) ! Nous avions envie de nous renouveler. De proposer une véritable nouveauté sans renier la base des Tambours du Bronx. Il y a avait ce manque créé par la fin de nos shows avec Sepultura et la rencontre avec Franky Costanza qui avait eu le bon goût de commander un DVD sur notre shop et que nous avions invité à notre concert à Marseille. Humainement ça a collé tout de suite, nous l’avons invité à venir jammer chez nous, et on a commencé à écrire l’album, c’est allé très vite. Dès qu’on a eu tout l’instrumental, on a ressenti le besoin d’avoir un chanteur charismatique avec de bons textes, et on a passé un coup de fil sans espoir à Reuno (qui a dit oui tout de suite). Reuno à appelé Stef Buriez pour le remplacer quand il ne serait pas disponible et Stef a fait de même avec Renato. Et voilà, 3 chanteurs !

Les Tambours du Bronx ft Renat Di Falco – Eternal Mirage (2020)

Vous avez partagé la scène avec les plus grands groupes de metal, Metallica, Korn et bien-sûr Sepultura. Vous avez également déjà proposé un concert commun avec les Frères Morvan. Vous aimez les grands écarts ? Comment faites-vous pour vous adapter aux différents publics ?

Dom : Oui, tu as vu cette souplesse ! Ce qui compte avant tout c’est la pertinence du projet et l’humain. Nous restons toujours fidèles à nous même et quel que soit le projet, le public, nous jouons avec la même sincérité, la même énergie. Notre public, avec un minimum d’ouverture d’esprit, s’y retrouve toujours. Nous avons eu un peu peur au lancement de WOMP, mais la majorité de notre public s’y retrouve. Et on voit maintenant beaucoup de fans de metal venir voir nos shows classiques et vice versa. Je trouve ça très gratifiant.

Thierry : Oui, effectivement on aime bien les grands écarts, on aime faire des choses complètement différentes, que cela soit avec un orchestre classique ou avec un groupe de rock ou de metal. À partir du moment, où on s’entend bien avec les personnes, qu’il y a du feeling. Ça marche ! On s’adapte pas forcément aux différents publics, chacun garde son identité d’un côté comme de l’autre en présentant un show commun. C’est vrai qu’entre les Frères Morvan et Sépultura, il y a un monde. Par exemple, quand on nous a demandé de faire quelque chose avec les Frères Morvan, on s’est bien posé la question : ce qu’on allait pouvoir faire ? On a réussir à sortir quelque chose et, en plus, ils sont adorables.

Les TAmbours du Bronx et les Frères Morvan – Les Vielles Charrues (2009)

Vous avez plus de 30 ans de carrière, vous avez joué dans le monde entier, sur les plus grandes scènes (Wacken, Rock in Rio) et on l’a dit devant des publics très différents. Vous avez forcément un ou deux trucs fous qui vous sont arrivés en concert ou en tournée à nous raconter.

Dom : Tellement oui, qu’on a souvent songé à faire un livre, ou des BDs ! Nos aventures relèvent tellement souvent du gag… Le truc qui me vient à l’esprit maintenant c’est quand on a refait Spinal Tap en Allemagne. Nos loges étaient au dernier étage d’un immeuble et à l’opposé de la scène, c’était un cauchemar pour s’y rendre. Bref, on a trouvé un raccourci, et on est restés coincés. Il a fallu attendre qu’on nous ouvre… Ou la fois où nous étions attendus en Italie, et je me réveille en voyant des panneaux Strasbourg (à savoir : nous partions de la Nièvre, en plein centre de la France). Euh… t’es sûr de ton coup ? Le trajet fut long, très long… Et j’en ai des tonnes d’autres…

Thierry : Il y en a plein ! Entre le matos coincé à la douane en arrivant au Brésil (et ailleurs), dans un autre style, un de nos musiciens qui passe à travers la scène en plein concert… Et puis, on a eu la chance de rencontrer beaucoup de groupes, tel que Sépultura (évidement), mais aussi… de partager la scène avec Metallica, Les Young Gods, Jimmy Page, Robert Plant (Roskilde 95) et tant d’autre.
Il y a aussi, lors d’une émission de la Raï Uno présenté par Adriano Celentano où il avait carte blanche pour ses invités. La surprise a été, qu’en arrivant là-bas, on s’est aperçu que David Bowie était aussi invité. Pour moi par exemple, c’était plus qu’un honneur de partager l’émission avec lui. D’autres moments assez forts, la première fois qu’on est allé au Brésil. On était invité par Gilberto Gil, alors ministre de la culture à l’époque, pour un festival de percussions mondial. Là-bas, on a eu l’occasion de se rendre dans les favelas, où, on a rencontré un groupe brésilien, OLODUM. Chacun a fait un mini concert présentant sa musique, puis on a échangés nos instruments et on a joués ensemble. Voir partir les gamins avec nos mailloches et avoir la banane, c’était génial ! Il y en a tellement que je ne les ai pas tous en tête. On a eu une putain de chance de faire des trucs énormes.

Les Tambours du Bronx au Radiant (2016)

En 1987, quels étaient leurs rêves aux Tambours du Bronx lorsqu’ils se sont lancés dans le projet ?

Thierry : Au tout début, ça devait juste être un one shot. Une bande de potes, tous plus ou moins musiciens, pas forcément percussionnistes qui se sont réunis pour faire une sorte d’happening lors du premier festival de rock chez nous (Nevers à Vif). On y a pris goût, le public aussi. On a renouvelé pour un festival de courts métrages (De Nevers à l’aube) puis on s’est invités lors du Printemps de Bourges où a joué à l’arrache dans la rue. Suite à ça, les tambours ont été programmés l’année d’après. Ça s’est enchaîné, plus de 30 ans après, on est toujours là. On espère que les plus jeunes continueront l’aventure.

Dom : J’étais encore à l’école, mais je dirais qu’ils s’attendaient juste à bien rigoler et à se prendre une bonne cuite entre potes. C’était un spectacle unique à la base, presque une blague.

S’il devait rester un album au monde, quel serait-il ?

Dom : Pas facile, il y en a tellement. Mais je dirai BLOODY KISSES de Type O Negative.

Un grand merci à Thierry, Dom et Franky pour leur gentillesse. En attendant de revoir Les Tambours du Bronx sur scène et la sortie de leur prochain album, Weapons Of Mass Percussions est toujours disponible.

Propos recueillis par Julien pour Concerts de l’Est

Related posts

Rencontre avec Dust in Mind : metal, opéra et Pain

Veret Julien

Rencontre avec Belzebubs : le Black Metal familial

Victor Pawlas

Rencontre avec Dätcha Mandala : Rock, Spiritualité, nouvel album

Veret Julien