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Rencontre avec Thomas Schoeffler Jr : country blues, one man et grands espaces

Nous avons échangé avec Thomas Schoeffler Jr, un pur produit de la scène locale strasbougeoise qui tourne régulièrement à travers la France, mais également outre atlantique, que ce soit dans de petits bars à concert ou sur la scène de grands festivals.

Tout d’abord comment vas-tu en cette période ? Comment t’occupes-tu ?

He bien ça va plutôt pas mal. J’essaye de jouer de la guitare tous les jours, d’apprendre des nouvelles techniques, comme le finger-picking, auxquelles je ne m’étais pas vraiment intéressé jusque-là, j’écris des textes, je lis beaucoup et je fais même un peu de sport histoire de maintenir un semblant de forme. Ceci dit, certains jours, il m’arrive aussi d’errer dans l’appartement, en pyjama, avec le t-shirt qui dépasse d’un vieux sweat, où trône depuis 15 jours la même tâche de dentifrice, en me demandant quand est-ce que tout ça va finir… Finalement, à bien y regarder, le confinement ça ne change pas grand chose à ma vie d’avant… ! Les seules vraies différences sont que je ne peux pas voir ma famille et mes amis et que je ne peux pas prendre la route et donner de concerts…

Si tu devais présenter ta musique à quelqu’un qui ne te connais pas, que dirais-tu ?

Je dirai que je joue du country-blues.
Bien sûr il y a d’autres influences dans ma musique comme le rock, le folk, la new-wave… mais je pense que les aspects épiques et entêtants de la country ainsi que les côtés hypnotiques et dansant du blues sont ce qu’on retrouve le plus dans mes compositions.

Thomas Schoeffler Jr – Jesus Shot Me Down

Tu es ce que l’on appelle un one man band. Tu allies guitare, harmonica, stompbox et chant. T’entourer d’un groupe ne t’as jamais tenté ?

Être un one man band, est vraiment ce qui m’a libéré musicalement. Je ne suis pas quelqu’un qui arrive à imposer facilement ses idées et de jouer seul m’a évité, à mes débuts, de devoir faire des compromis artistiques. Et puis j’ai vraiment aimé les contraintes qu’imposait cet exercice de devoir faire un maximum d’effet avec un minimum de moyens. J’ai ensuite beaucoup tourné en solo pour me construire un bagage artistique qui me permette, aujourd’hui, 10 ans et 3 albums plus tard, de me sentir plus sûr de moi et, comme tu vas pouvoir t’en rendre compte en lisant la réponse à la question suivante, d’envisager la suite de l’aventure avec un groupe à mes côtés… !

Ton dernier album « The Hunter » a soufflé en mars dernier sa troisième bougie. Où en es-tu de la suite ? Tu peux déjà nous parler du prochain album ?

Il s’est passé pas mal de choses depuis la sortie de “The Hunter”. J’ai beaucoup tourné en France (et un peu à l’étranger) et j’ai également changé de structure afin de pouvoir envisager la suite avec une nouvelle équipe autour du projet. Je travaille donc aujourd’hui avec le label Little Sister (qui regroupe en son sein d’autres groupes comme Bad Juice (retrouvez leur interview ici), Dirty Deep ou encore Dom Ferrer). J’avais dans l’idée de présenter un quatrième album différent des précédents afin d’éviter de trop me répéter et surtout de voir ce que pouvait donner ma musique accompagnée par d’autres musiciens. C’est ainsi que sont nés les Rusty Rifles qui est le groupe avec lequel cet album a été composé et enregistré. Je suis d’ailleurs très reconnaissant envers Nick, Max et Thibault qui ont apporté tous leurs talents pour ce disque et avec qui je suis très impatient de pouvoir prendre la route pour pouvoir défendre ce nouvel opus ! Quant à une date de sortie, le confinement nous a contraint à revoir notre agenda et je ne peux pour l’instant, malheureusement, pas te donner plus d’informations à ce sujet…

Thomas Schoeffler Jr – Sauerkraut

A chaque concert tu joues une reprise de Hank Williams, quelles ont été tes autres influences ?

Oh, il y en a beaucoup ! J’écoute pas mal de choses différentes, mais je pense que pour ce qui est des artistes qui ont le plus influencés ma manière d’écrire des chansons, Neil Young et Nick Cave sont les plus importants. L’un et l’autre sont des artistes que j’admire énormément et dont la sensibilité me touche particulièrement. Je me suis également beaucoup plongé dans les vieux enregistrements de work songs et de prisonner’s songs d’Alan Lomax. Certains écrivains sont aussi très présents en moi lorsqu’il s’agit d’écrire des textes. Je pense notamment à Flannery O’Connnor, Erskin Caldwell ou Steinbeck pour ne citer qu’eux.

Crédit Photo Vincent Assié

Et aujourd’hui, qu’écoutes-tu ?

Depuis le début du confinement j’écoute pas mal les Everly Brothers et G Love.

En concert tu aimes échanger de façon naturelle avec le public. Est-ce que c’est en raison de cette impossible interactivité que tu ne proposes pas de session à la maison actuellement ?

Entre autres, oui. Il faut dire que c’est un exercice délicat de parler à des gens et de jouer de la musique tout en se regardant dans son téléphone… Pour tout te dire, j’ai essayé et, franchement, ça n’était pas fameux… ! Je me suis donc dit qu’il serait plus sage de m’abstenir plutôt que de faire une vidéo qui, à l’arrivée, ne me rendrait pas forcément service. Ceci dit, il n’est pas impossible, pour une occasion particulière, ou si le label m’en faisait la demande, que je me plie finalement à cet exercice. Mais en attendant je préfère me concentrer sur la suite et écrire des chansons que je ne joue, pour l’instant, que pour les plantes de mon salon.

Ta musique invite au voyage à travers les grandes étendues américaines. Aujourd’hui, tu tournes régulièrement au Canada. Comment en es-tu arrivé là ?

C’est grâce aux Dirty Deep qui, comme souvent, ont défriché le terrain. Après leur première tournée au Québec, je leur ai demandé le mail de leur tourneur sur place. Au moment où je l’ai contacté, il s’est trouvé qu’une place se libérait dans son catalogue et voilà… ! C’est aussi dans ces occasions là (lorsqu’il s’agit de tourner à l’étranger), qu’être un one man band a été un avantage : on ne coûte pas cher comparativement à un groupe et le risque est moins grand pour un tourneur et un label qui souhaiterait monter une tournée avec vous.

Crédit Photo Rémi Gettliffe

Y-a-t’il une différence au niveau de l’accueil du public, des réactions entre tes concerts en France et au Canada ?

He bien pas vraiment… Il m’est arrivé de faire des fours face à un public un peu froid dans les deux pays et, de la même manière, de me sentir super soutenu par des gens qui veulent faire la fête toute la nuit et qui ne vous laisse plus sortir de scène. Ce qui est génial pour moi lors des tournées au Québec, c’est surtout le dépaysement et parfois l’impression d’être une star du rock quand je me promène dans les aéroports avec mes guitares… !

Thomas Schoeffler Jr – Oh Mary Lynne

As-tu une anecdote de concert ou de tournée à nous raconter ?

J’en aurai tellement… des histoires avec des bikers et des montreurs d’ours, des concerts en extérieur par -20 degrés où tu ne sens plus tes pieds ni tes doigts, que ça soit les lieux (des églises, au sommet d’une montagne, sur la remorque d’un tracteur) où les gens que vous croisez, des anecdotes, il y en a beaucoup ! Pour aujourd’hui, si je devais en choisir une, je te raconterais la fois où, en 2016 lors du festival Les Printemps de Perouges, j’ai eu la grande chance de pouvoir jouer en première partie de Johnny Hallyday. A la fin de mon concert, j’ai voulu faire une blague au public en leur annonçant que ça y était enfin, l’heure était venue, leur idole était là, dans les loges, prête à en découdre, prête à mettre le feu, et je leur ai demandé d’applaudir bien fort pour l’encourager…Monsieur Eddy Mitchell ! ben ça ne les a pas fait marrer…pas du tout… C’est comme ça que tu apprends qu’il y a des blagues qu’il vaut mieux éviter… Mais bon, ceci dit, faire un bide devant 10 000 personnes, moi j’ai trouvé ça plutôt rigolo. Et puis ça me fait toujours un truc à raconter lors des longs repas de famille où l’on s’endort un peu après le dessert !

S’il devait rester un seul album au monde, ça serait… ?

N’importe quel best of d’Eddy Mitchell…

Un grand merci à Thomas Schoeffler Jr pour sa gentillesse. Retrouvez ses actualités sur ses réseaux. Thomas Schoeffler Jr est un artiste hébergé à la plateforme Artefact/la Laiterie.

Propos recueillis par Julien pour Concerts de l’Est

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